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La société ; Programme 2009
Le Programme
Résumés des communications de l’année
2009
« Le
secret dans l’écriture musicale du XVIème au XVIIIème
siècle »
Une
école de musique au XVIe siècle
« Franchino
Gafori au milieu de ses élèves. »
Gravure sur
bois extraite de l’Angelicum opus musicae
Milan, 1508
« Les graffitis du donjon de Niort (XIIème,
XVIIIème, XIXème siècle). »
Lire
l’article de présentation dans Vivre à
Niort
Mercredi 20 mai
Nadine Gallas
« Les
Andrault-Brillouin. Sur les pas d’une familles melloise de 1787 à nous
jours. »
Au XVIIIème siècle, François ANDRAULT est notaire à
Saint-Sauvant, une paroisse du Haut-Poitou. L'un des enfants du couple qu'il
forme avec Magdelaine EPRINCHARD, Gabriel, s'installe à Saint-Domingue où,
notaire royal, il achète une caféière dont il confie la gestion à son frère
Jean-Baptiste. A la mort de son ainé, celui-ci revient en France, épouse une
jeune nantaise, Anne VALLO, puis regagne la colonie où il se fait nommer
notaire royal honoraire et acquiert une nouvelle caféière; il possède 161
esclaves sur ses domaines. A quelques bonnes récoltes succède une période plus
difficile. Devenu veuf, Jean-Baptiste confie la gestion des plantations à deux
neveux et rentre en France avec sa fille unique Pauline qu'il met en pension à
Poitiers. Par l'entremise du notaire de La Mothe-Saint-Héray, Jacques Briault,
il acquiert le logis du Petit-Bois à Saint-Martin-lés-Melle. Elu délégué à
Poitiers en mars 1789, il occupe des fonctions municipales jusqu'à sa mort en
1798.
Emancipée, Pauline épouse son cousin Pierre ANDRAULT qui
s'installe au logis du Petit-Bois d'où il dirige l'administration de ses
caféières et qui, après avoir vendu ses domaines de la région de Gençay, achète
le château de Chaillé et le logis de Saint-Romans avec leur trentaine de
métairies. Devenu un notable, il est maire de sa petite commune pendant trente
ans, conseiller général et même pendant deux ans, député.
En 1827, Pierre ANDRAULT et son épouse partagent leurs
biens entre leurs enfants. A leur unique fils, échoit le domaine de
Chaillé. Pierre-Théodore épouse Anne CHARLOT qui appartient à la
bourgeoisie niortaise. Le couple a trois enfants, un fils magistrat qui meurt
célibataire et deux filles: Aline, malgré les réticences de son père, épouse un
officier d'origine lorraine, Stanislas PESME qui en Afrique du nord et dans le Mellois
réunira une belle collection de minéraux. Marie convole avec Louis-Georges
BRILLOUIN, fils d'un percepteur de Saint-Jean d'Angély, qui possède un talent
de peintre certain. L'un de leurs fils, Marcel, devient maître de conférences
en sciences physiques et épouse la fille du physicien Eleuthère MASCARD.
Le fils de ce couple, Léon BRILLOUIN (1889-1969), est l'un
des inventeurs de la radio. Ses compétences lui valent d'être nommé à la tête
de la radiodiffusion française par le gouvernement de Vichy mais il entre en
contact avec la Résistance et en compagnie de son épouse juive réussit à passer
aux Etats-Unis. Il entame alors une nouvelle carrière, en particulier chez IBM
où il participe à la mise au point de calculatrices et des premiers
ordinateurs. Son frère Jacques, ingénieur acousticien, sonorise la salle Pleyel
et travaille sur les films de Jean Grémillon. Leur soeur est relieuse d'art.
Les descendants de Georges BRILLOUIN sont aujourd'hui
présents dans les activités artistiques et dans l'informatique mais le château
de Chaillé a depuis une cinquantaine d'années quitté le giron de la famille.
Michel Montoux.
Mercredi 16 septembre
Pierre Arches
« La population de Niort de 1815
à 1914 »
Après avoir déploré la rareté des études démographiques de villes
moyennes, monsieur Arches fait deux constats : De 1815 à 1914, la population de
Niort est passée de 15499 habitants à 23775; au cours de cette même période,
Niort a chuté du 50e au 83e rang des villes françaises. Comment
peut-on interpréter cette concomitance ?
Il faut d'abord examiner les problèmes posés par les sources utilisées.
Les recensements sont d'une qualité très variable et les nombres donnés parfois
discutables. Par exemple le recensement de 1872 distingue population normale et
population à part.
Les registres de l'état-civil sont d'une exploitation malaisée : Comment
compter les enregistrements des enfants trouvés sachant que certains ont pu
naître hors de la ville. De même comment utiliser les actes de décès si l'on ne
les étudie pas un à un pour savoir si l'on a à faire à un habitant de la ville
ou à une personne étrangère décédée à Niort ? Il est donc difficile de calculer
les taux de natalité et de mortalité. Seuls les actes de mariage, et à partir
de 1884, les actes de divorce peuvent être utilisés avec de faibles risques
d'erreur.
Comment la population niortaise a-t-elle évolué au cours de cette
période qualifiée par les démographes de transition démographique ? Il faut
remarquer que la population française a connu une évolution différente de celle
des autres pays européens, les taux de natalité et de mortalité déclinant
parallèlement d'où un faible accroissement de la population. En ce qui concerne
plus précisément la population niortaise, on constate une lente progression
marquée par trois paliers. Le solde naturel paraît à peine positif; il faut
donc attribuer l'accroissement au solde migratoire : Des personnes relativement
nombreuses sont venues surtout des campagnes proches alors qu'un plus
petit nombre de Niortais quittait le chef-lieu du département.
Reste à comparer l'évolution de Niort avec celle des autres villes
françaises. En 1821, Niort est en bonne place: 50e ville, mais 34e préfecture.
En 1911, passée au 83e rang, elle est devancée par des villes qui ont connu une
plus forte progression, notamment les centres industriels.
Faut-il en conclure que Niort a raté la révolution industrielle ? Ville
dépourvue de grandes entreprises mais riche de petites et de moyennes, le
chef-lieu des Deux-Sèvres ne manque pas d'atouts pour progresser dans
l'avenir.
Michel Montoux.
Mercredi
21 octobre
Clément
Pérault
« Les abbayes d'Airvault et
de Saint-Jouin de Marnes, étude d'historiographie et essais de recherche et de
critique des sources. »
« Après avoir
rappelé l'époque de la fondation de l'abbaye d'Airvault et celle de la création
de l'abbaye de Saint-Jouin, monsieur PERAULT énonce le postulat posé au départ
de ses recherches: Quand a-t-on écrit sur ces deux établissements, quelles
études ont été faites et quelles qualités offrent-elles ?
De la recherche des
études réalisées du XVIe au XVIIIe siècle par des érudits comme Besly et Dom
Fonteneau et des travaux menés au XIXe par les sociétés savantes de la région,
sont extraits deux ouvrages majeurs: le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Jouin
publié par Charles Grandmaison dans un bulletin de la Société de
Statistique de 1854 et l'Ordinaire de l'abbaye d'Airvault présenté par
Gabriel Martin dans les Archives historiques du Poitou.
Le Cartulaire qui
daterait de 1700 à peu près se compose de deux parties: la copie d'un
cartulaire du XVe siècle et une série de copies de chartes. L'exploitation de
ce recueil est assez limitée car les références manquent et il est possible que
Granmaison ait effectué une sélection des documents pour faire valoir les
droits de l'abbaye.
L'Ordinaire de
l'abbaye d'Airvault bénéficie d'une édition exemplaire servie par une analyse
fine des documents constitués par un martyrologe du XIVe siècle, un calendrier
du XVe et un ordinaire du XVIIe.
L'étude du
martyrologe permet de pénêtrer dans l'organisation liturgique de l'abbaye;
le calendrier est à la fois un nécrologe et un obituaire; l'ordinaire
enfin apporte une compréhension de l'histoire de l'établissement.
Comment a-t-on pu
lier ces documents au thème de la commémoration des défunts? Les religieux se
posent en médiateurs entre les vivants et les trépassés comme en
témoignent la grande procession du Jour des morts et les petites processions
hebdomadaires.
En ce qui concerne
l'abbaye de Saint-Jouin, on constate un désir des vicomtes de Thouars d'obtenir
d'y être inhumés. Pour ce faire, ils accordent de 1139 à 1226 cinq chartes qui
donnent à l'établissement et aux habitants du bourg un certain nombre de droits.
En assurant ces liens avec l'abbaye, les vicomtes cherchent aussi à accroître
leur prestige et leurs largesses permettent de réaliser d'importants travaux.
Par une bulle de 1179, la papauté confirme l'abbaye dans ses droits et ses
biens et lui accorde sa protection directe. Dès lors les vicomtes cessent d'y
être inhumés.
L'étude des deux
documents sélectionnés permet donc d'avoir une idée assez précise de l'histoire
des deux abbayes et des pratiques religieuses. »
Michel Montoux
Mercredi
18 novembre
Laurent
Gallas
« Les
protestants poitevins de 1850 à 1914. »
« Après avoir rappelé que le dix-neuvième siècle est celui des
révolutions, ce qui n'a pas manqué d'avoir une incidence sur l'évolution du
protestantisme et que la loi de 1802 a permis une réorganisation du culte, le
conférencier développe les trois parties de son étude.
Il présente d'abord la situation des protestants poitevins au milieu du
siècle. Le Poitou fort de ses six consistoires regroupant trente-deux communes
est alors la quatrième région protestante de France. La grande majorité des
pratiquants réside hors des centres (survivance de la situation du siècle
précédent) et dispose de revenus modestes. les temples, vingt-quatre en 1851,
sont généralement en mauvais état, on continue souvent à pratiquer au
Désert. Les vingt-six pasteurs qui vivent dans des conditions matérielles
difficiles sont de deux sortes: certains sont originaires du département où ils
constituent de véritables dynastie à l'instar des Gibault, d'autres sont des
jeunes frais émoulus de Montauban qui ne font qu'un court passage en Poitou. La
région n'est pas touchée par le courant évangélique qui s'impose ailleurs.
De 1850 à 1878 la situation évolue. Le réveil se produit sous le Second
Empire sous l'impulsion du pasteur de Fressines qui crée un journal, La bonne
Nouvelle, et surtout sous celle d'un pasteur d'origine belge, Verrue, qui
s'installe à Saint-Sauvant. Celui-ci se montre particulièrement actif: il forme
des jeunes gens qui vont prêcher dans des veillées, crée une école préparatoire
où passeront cinquante futurs pasteurs, développe les écoles du dimanche et
ouvre six écoles primaires. L'Union fraternelle pour l'avancement du règne de
Dieu oeuvre efficacement dans le domaine de l'enseignement grâce à des fonds provenant
de Genève et d'Angleterre, ce qui provoque d'ailleurs des réticences, voire
l'hostilité, des autorités, de la hiérarchie et des pasteurs restés fidèles au
courant libéral. Tolérée, l'Union fraternelle n'est pas officiellement
reconnue.
En 1871, le schisme entre les deux tendances est consommé. Le vote de la
loi sur la liberté de réunion, celui des lois scolaires et la Séparation des
Eglises et de l'Etat modifient la situation. Les protestants poitevins
accueillent plus favorablement la dernière de ces mesures que ceux des autres
régions. Le christianisme social qui se développe dans les années 1880
rencontre un large écho en Poitou. Des hommes issus des Unions chrétiennes
s'engagent dans le mouvement coopératif prôné par Charles Gide et plusieurs
participent notamment à la création des laiteries coopératives de La
Mothe-Saint-Héray, Bougon et Soignon. Le courant évangélique s'est totalement
imposé au début du vingtième siècle. »
Michel Montoux.
Mercredi
16 décembre
« Jallet
(1732-1791) et Malesherbes (1721-1794), rencontre improbable. »
Monsieur BEGUIER,
auteur du spectacle "Le pain de la colère", après avoir exposé les
motifs qui l'ont conduit à monter cette pièce, retrace la vie et la carrière
des deux principaux protagonistes, l'abbé Jallet et le ministre Malesherbes.
Jallet, issu d'une
famille modeste de La Mothe Saint-Héray, doit à la générosité d'un oncle curé
et d'un aristocrate de pouvoir faire ses humanités au collège de l'Oratoire de
Niort puis d'entreprendre des études de droit à la faculté de Poitiers. Econduit
par la famille d'une jeune fille qu'il courtisait, il entre au grand séminaire
de Poitiers, devient vicaire à Gençay en 1759 puis, l'année suivante, curé
de la petite paroisse de Chérigné, près de Brioux sur Boutonne. Proche du
peuple - il rédige un mémoire sur la grande disette de 1785 -, il s'intéresse à
l'agriculture et partage les préoccupations des Philosophes, notamment de
Jean-Jacques Rousseau. En 1789, il participe activement à la rédaction du
cahier de doléances de son ordre à Poitiers, est élu député aux Etats-Généraux
et se fait remarquer en rejoignant avec les curés Lecesve et Ballard les
représentants du Tiers-Etat le 17 juin. Adversaire de la peine de mort et du
célibat des prêtres, sa popularité en Poitou lui vaut d'être élu évêque
constitutionnel des Deux-Sèvres mais il refuse cet honneur. Il meurt
brusquement quelques mois plus tard dans des circonstances assez mystérieuses.
Lamoignon de
Malesherbes, issu d'une famille de la noblesse de robe parisienne, s'oppose
dans sa jeunesse à l'autorité paternelle autant qu'à la hiérarchie
religieuse puis devient un juriste de talent et accomplit une brillante
carrière au service de l'Etat: il devient premier président de la cour des
Aides, est deux fois secrétaire d'état à la maison du roi et fait adopter
l'Edit de tolérance de 1787. Directeur de la Librairie, il protège efficacement
les Encyclopédistes dont il partage les idées. Excellent botaniste, il entre à
l'Académie des sciences en 1752 puis à l'Académie française en 1775. Au début
de la Révolution, il se montre partisan d'une monarchie constitutionnelle et,
bien que déplorant les insuffisances de Louis XVI, se propose de le défendre
lors de son procès. Son attitude lui vaut d'être guillotiné en 1794.
Devenu marquis de
Chef-Boutonne par héritage, Malesherbes se rend une fois dans son marquisat
pour y être parrain d'une cloche. Rencontre-t-il à cette occasion l'abbé
Jallet? C'est peu probable, mais en revanche, à Versailles, les deux hommes qui
ont en commun beaucoup d'idées, ont pu avoir l'occasion d'être en
contact. En les faisant dialoguer dans sa pièce, l'auteur, s'il prend quelques
libertés avec l'Histoire, en respecte cependant l'esprit et ne trahit donc pas
la vérité historique.
Pour clore sa
communication, monsieur Béguier propose à son auditoire de lire à plusieurs
voix trois extraits de son ouvrage.
Michel Montoux

