Page La société ; Programme 2009

 

Le Programme

 

Résumés des communications de l’année 2009

 

 

 

Mercredi 18 mars

Catherine Hérault

« Le secret dans l’écriture musicale du XVIème au XVIIIème siècle »

 

Une école de musique au XVIe siècle

« Franchino Gafori au milieu de ses élèves. »

Gravure sur bois extraite de l’Angelicum opus musicae

Milan, 1508

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 15 avril

Daniel Courant

« Les graffitis du donjon de Niort (XIIème, XVIIIème, XIXème siècle). »

 

Lire l’article de présentation dans Vivre à Niort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 20 mai

Nadine Gallas

« Les Andrault-Brillouin. Sur les pas d’une familles melloise de 1787 à nous jours. »

 

Au XVIIIème siècle, François ANDRAULT est notaire à Saint-Sauvant, une paroisse du Haut-Poitou. L'un des enfants du couple qu'il forme avec Magdelaine EPRINCHARD, Gabriel, s'installe à Saint-Domingue où, notaire royal, il achète une caféière dont il confie la gestion à son frère Jean-Baptiste. A la mort de son ainé, celui-ci revient en France, épouse une jeune nantaise, Anne VALLO, puis regagne la colonie où il se fait nommer notaire royal honoraire et acquiert une nouvelle caféière; il possède 161 esclaves sur ses domaines. A quelques bonnes récoltes succède une période plus difficile. Devenu veuf, Jean-Baptiste confie la gestion des plantations à deux neveux et rentre en France avec sa fille unique Pauline qu'il met en pension à Poitiers. Par l'entremise du notaire de La Mothe-Saint-Héray, Jacques Briault, il acquiert le logis du Petit-Bois à Saint-Martin-lés-Melle. Elu délégué à Poitiers en mars 1789, il occupe des fonctions municipales jusqu'à sa mort en 1798.

 

Emancipée, Pauline épouse son cousin Pierre ANDRAULT qui s'installe au logis du Petit-Bois d'où il dirige l'administration de ses caféières et qui, après avoir vendu ses domaines de la région de Gençay, achète le château de Chaillé et le logis de Saint-Romans avec leur trentaine de métairies. Devenu un notable, il est maire de sa petite commune pendant trente ans, conseiller général et même pendant deux ans, député.

 

En 1827, Pierre ANDRAULT et son épouse partagent leurs biens entre leurs enfants. A leur unique fils,  échoit le domaine de Chaillé.  Pierre-Théodore épouse Anne CHARLOT qui appartient à la bourgeoisie niortaise. Le couple a trois enfants, un fils magistrat qui meurt célibataire et deux filles: Aline, malgré les réticences de son père, épouse un officier d'origine lorraine, Stanislas PESME qui en Afrique du nord et dans le Mellois réunira une belle collection de minéraux. Marie convole avec Louis-Georges BRILLOUIN, fils d'un percepteur de Saint-Jean d'Angély, qui possède un talent de peintre certain. L'un de leurs fils, Marcel, devient maître de conférences en sciences physiques et épouse la fille du physicien Eleuthère MASCARD.

 

Le fils de ce couple, Léon BRILLOUIN (1889-1969), est l'un des inventeurs de la radio. Ses compétences lui valent d'être nommé à la tête de la radiodiffusion française par le gouvernement de Vichy mais il entre en contact avec la Résistance et en compagnie de son épouse juive réussit à passer aux Etats-Unis. Il entame alors une nouvelle carrière, en particulier chez IBM où il participe à la mise au point de calculatrices et des premiers ordinateurs. Son frère Jacques, ingénieur acousticien, sonorise la salle Pleyel et travaille sur les films de Jean Grémillon. Leur soeur est relieuse d'art.

 

Les descendants de Georges BRILLOUIN sont aujourd'hui présents dans les activités artistiques et dans l'informatique mais le château de Chaillé a depuis une cinquantaine d'années quitté le giron de la famille.

Michel  Montoux.

 

 

Mercredi 16 septembre

Pierre Arches

« La population de Niort de 1815 à 1914 »

 

Après avoir déploré la rareté des études démographiques de villes moyennes, monsieur Arches fait deux constats : De 1815 à 1914, la population de Niort est passée de 15499 habitants à 23775; au cours de cette même période, Niort a chuté du 50e au 83e rang des villes françaises. Comment peut-on interpréter cette concomitance ?

 

Il faut d'abord examiner les problèmes posés par les sources utilisées. Les recensements sont d'une qualité très variable et les nombres donnés parfois discutables. Par exemple le recensement de 1872 distingue population normale et population à part.

 

Les registres de l'état-civil sont d'une exploitation malaisée : Comment compter les enregistrements des enfants trouvés sachant que certains ont pu naître hors de la ville. De même comment utiliser les actes de décès si l'on ne les étudie pas un à un pour savoir si l'on a à faire à un habitant de la ville ou à une personne étrangère décédée à Niort ? Il est donc difficile de calculer les taux de natalité et de mortalité. Seuls les actes de mariage, et à partir de 1884, les actes de divorce peuvent être utilisés avec de faibles risques d'erreur.

 

Comment la population niortaise a-t-elle évolué au cours de cette période qualifiée par les démographes de transition démographique ? Il faut remarquer que la population française a connu une évolution différente de celle des autres pays européens, les taux de natalité et de mortalité déclinant parallèlement d'où un faible accroissement de la population. En ce qui concerne plus précisément la population niortaise, on constate une lente progression marquée par trois paliers. Le solde naturel paraît à peine positif; il faut donc attribuer l'accroissement au solde migratoire : Des personnes relativement nombreuses sont venues surtout des campagnes proches alors qu'un plus petit nombre de Niortais quittait le chef-lieu du département.

 

Reste à comparer l'évolution de Niort avec celle des autres villes françaises. En 1821, Niort est en bonne place: 50e ville, mais 34e préfecture. En 1911, passée au 83e rang, elle est devancée par des villes qui ont connu une plus forte progression, notamment les centres industriels.

 

Faut-il en conclure que Niort a raté la révolution industrielle ? Ville dépourvue de grandes entreprises mais riche de petites et de moyennes, le chef-lieu des Deux-Sèvres ne manque pas d'atouts pour progresser dans l'avenir.

Michel  Montoux.

 

 

Mercredi 21 octobre

Clément Pérault

« Les abbayes d'Airvault et de Saint-Jouin de Marnes, étude d'historiographie et essais de recherche et de critique des sources. »

 

« Après avoir rappelé l'époque de la fondation de l'abbaye d'Airvault et celle de la création de l'abbaye de Saint-Jouin, monsieur PERAULT énonce le postulat posé au départ de ses recherches: Quand a-t-on écrit sur ces deux établissements, quelles études ont été faites et quelles qualités offrent-elles ?

 

De la recherche des études réalisées du XVIe au XVIIIe siècle par des érudits comme Besly et Dom Fonteneau et des travaux menés au XIXe par les sociétés savantes de la région, sont extraits deux ouvrages majeurs: le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Jouin publié par Charles Grandmaison dans un bulletin de la Société de Statistique de 1854 et l'Ordinaire de l'abbaye d'Airvault présenté par Gabriel Martin dans les Archives historiques du Poitou.

 

Le Cartulaire qui daterait de 1700 à peu près se compose de deux parties: la copie d'un cartulaire du XVe siècle et une série de copies de chartes. L'exploitation de ce recueil est assez limitée car les références manquent et il est possible que Granmaison ait effectué une sélection des documents pour faire valoir les droits de l'abbaye.

 

L'Ordinaire de l'abbaye d'Airvault bénéficie d'une édition exemplaire servie par une analyse fine des documents constitués par un martyrologe du XIVe siècle, un calendrier du XVe et un ordinaire du XVIIe.

 

L'étude du martyrologe permet de pénêtrer dans l'organisation liturgique de l'abbaye; le calendrier est à la fois un nécrologe et un obituaire; l'ordinaire enfin apporte une compréhension de l'histoire de l'établissement.

 

Comment a-t-on pu lier ces documents au thème de la commémoration des défunts? Les religieux se posent en médiateurs entre les vivants et les trépassés comme en témoignent la grande procession du Jour des morts et les petites processions hebdomadaires.

 

En ce qui concerne l'abbaye de Saint-Jouin, on constate un désir des vicomtes de Thouars d'obtenir d'y être inhumés. Pour ce faire, ils accordent de 1139 à 1226 cinq chartes qui donnent à l'établissement et aux habitants du bourg un certain nombre de droits. En assurant ces liens avec l'abbaye, les vicomtes cherchent aussi à accroître leur prestige et leurs largesses permettent de réaliser d'importants travaux. Par une bulle de 1179, la papauté confirme l'abbaye dans ses droits et ses biens et lui accorde sa protection directe. Dès lors les vicomtes cessent d'y être inhumés.

 

L'étude des deux documents sélectionnés permet donc d'avoir une idée assez précise de l'histoire des deux abbayes et des pratiques religieuses. »

Michel  Montoux

 

 

Mercredi 18 novembre

Laurent Gallas

« Les protestants poitevins de 1850 à 1914. »

 

« Après avoir rappelé que le dix-neuvième siècle est celui des révolutions, ce qui n'a pas manqué d'avoir une incidence sur l'évolution du protestantisme et que la loi de 1802 a permis une réorganisation du culte, le conférencier développe les trois parties de son étude.

 

Il présente d'abord la situation des protestants poitevins au milieu du siècle. Le Poitou fort de ses six consistoires regroupant trente-deux communes est alors la quatrième région protestante de France. La grande majorité des pratiquants réside hors des centres (survivance de la situation du siècle précédent) et dispose de revenus modestes. les temples, vingt-quatre en 1851, sont généralement en mauvais état, on continue souvent à pratiquer au Désert. Les vingt-six pasteurs qui vivent dans des conditions matérielles difficiles sont de deux sortes: certains sont originaires du département où ils constituent de véritables dynastie à l'instar des Gibault, d'autres sont des jeunes frais émoulus de Montauban qui ne font qu'un court passage en Poitou. La région n'est pas touchée par le courant évangélique qui s'impose ailleurs.

 

De 1850 à 1878 la situation évolue. Le réveil se produit sous le Second Empire sous l'impulsion du pasteur de Fressines qui crée un journal, La bonne Nouvelle, et surtout sous celle d'un pasteur d'origine belge, Verrue, qui s'installe à Saint-Sauvant. Celui-ci se montre particulièrement actif: il forme des jeunes gens qui vont prêcher dans des veillées, crée une école préparatoire où passeront cinquante futurs pasteurs, développe les écoles du dimanche et ouvre six écoles primaires. L'Union fraternelle pour l'avancement du règne de Dieu oeuvre efficacement dans le domaine de l'enseignement grâce à des fonds provenant de Genève et d'Angleterre, ce qui provoque d'ailleurs des réticences, voire l'hostilité, des autorités, de la hiérarchie et des pasteurs restés fidèles au courant libéral. Tolérée, l'Union fraternelle n'est pas officiellement reconnue.

 

En 1871, le schisme entre les deux tendances est consommé. Le vote de la loi sur la liberté de réunion, celui des lois scolaires et la Séparation des Eglises et de l'Etat modifient la situation. Les protestants poitevins accueillent plus favorablement la dernière de ces mesures que ceux des autres régions. Le christianisme social qui se développe dans les années 1880 rencontre un large écho en Poitou. Des hommes issus des Unions chrétiennes s'engagent dans le mouvement coopératif prôné par Charles Gide et plusieurs participent notamment à la création des laiteries coopératives de La Mothe-Saint-Héray, Bougon et Soignon. Le courant évangélique s'est totalement imposé au début du vingtième siècle. »

Michel  Montoux.

 

 

Mercredi 16 décembre

Patrick Béguier

« Jallet (1732-1791) et Malesherbes (1721-1794), rencontre improbable. »

Monsieur BEGUIER, auteur du spectacle "Le pain de la colère", après avoir exposé les motifs qui l'ont conduit à monter cette pièce, retrace la vie et la carrière des deux principaux protagonistes, l'abbé Jallet et le ministre Malesherbes.

 

Jallet, issu d'une famille modeste de La Mothe Saint-Héray, doit à la générosité d'un oncle curé et d'un aristocrate de pouvoir faire ses humanités au collège de l'Oratoire de Niort puis d'entreprendre des études de droit à la faculté de Poitiers. Econduit par la famille d'une jeune fille qu'il courtisait, il entre au grand séminaire de Poitiers, devient vicaire à Gençay en 1759 puis, l'année suivante, curé de la petite paroisse de Chérigné, près de Brioux sur Boutonne. Proche du peuple - il rédige un mémoire sur la grande disette de 1785 -, il s'intéresse à l'agriculture et partage les préoccupations des Philosophes, notamment de Jean-Jacques Rousseau. En 1789, il participe activement à la rédaction du cahier de doléances de son ordre à Poitiers, est élu député aux Etats-Généraux et se fait remarquer en rejoignant avec les curés Lecesve et Ballard les représentants du Tiers-Etat le 17 juin. Adversaire de la peine de mort et du célibat des prêtres, sa popularité en Poitou lui vaut d'être élu évêque constitutionnel des Deux-Sèvres mais il refuse cet honneur. Il meurt brusquement quelques mois plus tard dans des circonstances assez mystérieuses.

 

Lamoignon de Malesherbes, issu d'une famille de la noblesse de robe parisienne, s'oppose dans sa jeunesse à l'autorité paternelle autant qu'à la hiérarchie religieuse puis devient un juriste de talent et accomplit une brillante carrière au service de l'Etat: il devient premier président de la cour des Aides, est deux fois secrétaire d'état à la maison du roi et fait adopter l'Edit de tolérance de 1787. Directeur de la Librairie, il protège efficacement les Encyclopédistes dont il partage les idées. Excellent botaniste, il entre à l'Académie des sciences en 1752 puis à l'Académie française en 1775. Au début de la Révolution, il se montre partisan d'une monarchie constitutionnelle et, bien que déplorant les insuffisances de Louis XVI, se propose de le défendre lors de son procès. Son attitude lui vaut d'être guillotiné en 1794.

Devenu marquis de Chef-Boutonne par héritage, Malesherbes se rend une fois dans son marquisat pour y être parrain d'une cloche. Rencontre-t-il à cette occasion l'abbé Jallet? C'est peu probable, mais en revanche, à Versailles, les deux hommes qui ont en commun beaucoup d'idées, ont pu avoir l'occasion d'être en contact. En les faisant dialoguer dans sa pièce, l'auteur, s'il prend quelques libertés avec l'Histoire, en respecte cependant l'esprit et ne trahit donc pas la vérité historique.

Pour clore sa communication, monsieur Béguier propose à son auditoire de lire à plusieurs voix trois extraits de son ouvrage.

Michel  Montoux