Page La société ; Programme 2008

 

Le Programme

 

Résumés des communications de l’année 2008

 

Mercredi 16 janvier 2008

Présentation des services régionaux et départementaux

 

La séance à 17 heures est entièrement consacrée aux comptes-rendus de quatre services régionaux ou départementaux intervenant dans le domaine de la conservation du patrimoine.

Madame Pipon, directrice des Archives départementales, présente d'abord le bilan des réalisations effectuées au cours de l'année 2007.

 

« On a procédé au récolement de la bibliothèque et des périodiques et classé plusieurs fonds (Registres de l'Enregistrement, sept fonds d'archives communales, documents provenant du cabinet du préfet postérieurs à 1945, fonds de l'association René Caillié, pièces relatives à l'hôpital de Niort et série de 1500 vues aériennes versées par M. Michel Bernard). »

 

Elle mentionne l'acquisition d'affiches de la société des cycles Barré et celle de 900 cartes postales et divers dons concernant surtout la période 1939-1945 et de deux interviews réalisées par M. Max Croce des écrivains Armand Lanoux et Pierre Mac Orlan.

 

La mise en ligne en salle de lecture des plans cadastraux napoléoniens a été menée à bien; quant à la numérisation des tableaux des recensements de population de 1811 à 1936, elle vient d'être terminée et leur consultation pourra se faire dans quelques semaines.

 

Enfin est rappelée l'action menée par les services dans le domaine pédagogique avec la mise en place de l'exposition "Portraits de famille" et le concours scolaire auquel elle a donné lieu, deux manifestations qui ont connu un grand succès.

 

Dans un deuxième temps, madame Pipon donne un aperçu du budget de l'année 2008 puis présente les travaux qui seront entrepris ou poursuivis: état général des fonds, catalogue d'ouvrages, fonds de la philosophe Madeleine Davy, numérisation de divers fonds).

 

Elle annonce la mise en ligne sur Internet d'ici quelques semaines des registres paroissiaux et d'état-civil attendue par de nombreux généalogistes amateurs et termine son exposé par l'évocation des actions qui seront menées dans le domaine culturel (exposition Archiv'et vous, conférences, publications) et de divers projets de partenariat.

 

Monsieur Moreau, représentant la Conservation régionale des monuments historiques, fait un rapide inventaire des actions menées dans le département :

 

« 4 édifices ont bénéficié de mesures de conservation (châteaux des Loges et de Tenessus, restes de celui d'Airvault et une maison du bourg de Vasles). »

 

Il indique que les travaux en cours aux  églises de Marnes et de Saint Médard de Thouars, aux châteaux du Coudray-Salbart et d'Oiron et à la porte Chalon à Saint-Maixent-l'École seront continués et que des travaux de moindre importance seront effectués dans plusieurs autres édifices.

 

Madame Cottenceau intervient ensuite pour faire le bilan des activités de la Direction régionale de l'archéologie :

 

« L'année 2007 a vu la continuation de 5 fouilles programmées au tumulus de Prissé la Charrière, aux mines d'argent de Melle où se poursuivent des expérimentations et où l'on a repéré d'éventuelles ouvertures de puits, sur le site gallo-romain de Rom où se multiplient les découvertes, à Saint-Génard où sont fouillées des sépultures et sur le site des tanneries de Champdeniers que l'on envisage de mettre en valeur. »

 

Dans le domaine de l'archéologie préventive, elle présente le rapport de fouilles menées en 2006 au Donjon de Niort qui ont fait apparaître une occupation carolingienne du site et fait état des résultats obtenus en partenariat avec les carrières Roy à Saint-Varent et Moreau à Mazières en Gâtine puis énumère les 30 diagnostics posés en 2007 dont 6 ont donné lieu à des fouilles à Parthenay, au Coudray-Salbart, à Brioux sur Boutonne, Bessines, François, Rom (secteur de la Petite Ouche particulièrement riche en vestiges et mobiliers divers) et rappelle l'importance du site d'Usseau où l'on a repéré une nécropole médiévale.

 

Madame Cavaillès chargée de la Conservation des objets d'art dans le département après avoir rappelé que l'exposition temporaire de monnaies à Parthenay a permis de présenter le trésor récemment découvert dans une maison particulière de Moulins (175 pièces dont 3 d'or), donne la liste des objets d'art dont la protection a été proposée le 13 juin 2007 :

 

« Il s'agit d'abord de plusieurs pièces d'orfèvrerie religieuse du XVIIème siècle et du XVIIIème et de diverses pièces remarquables présentes à l'église Notre-Dame de Niort ( 9 portraits d'ecclésiastiques), au Carmel de Niort (une Vierge à l'enfant en papier mâché probablement offerte par Anne d'Autriche en 1648) et dans les églises de La Chapelle Saint-Laurent, Melleran, Coulon, Saint-Vincent la Châtre et Saint-Etienne de Niort (tabernacle en faïence de Parthenay dû au talent de Jouneau) et dans le château de Cherveux en particulier. »

 

 

En outre ont été proposés plusieurs éléments lapidaires notamment à Saint-Liguaire tandis que la restauration d'une cloche à Javarrzay sera suivie par celle d'un retable à Courlay, d'un crucifix à Combrand et d'un plafond de la préfecture. Enfin madame Cavaillès indique que les récolements de l'Absie et de Saint-Clémentin sont achevés mais qu'on a déploré le vol de trois objets d'art non protégés, ce qui rend leur recherche difficile.

 

 

Mercredi 21 mai 2008

Daniel Courant conservateur du Musée Bernard-d’Agesci

« L’architecte niortais Georges Lasseron »

 

La communication prévue sur l'Ordre du Temple en Poitou-Charentes n'ayant pas été donnée, Monsieur Courant improvise une conférence sur l'architecte niortais Georges Lasseron

 

« Né à Niort en 1844,Georges Lasseron est le fils d'un industriel qui fait partie des fondateurs de la société de Statistique. Licencié en droit, il suit son père à Paris et à l'étranger et revenu dans la capitale, entreprend des études d'architecture. A une époque où les gouvernements de la Troisième République passent de nombreuses commandes, il rentre à Niort en 1879-1880, où il succède à Durand comme architecte de la municipalité en 1883.

 

Il dirige la construction de plusieurs groupes scolaires, s'inspirant des projets figurant au ministère de l'Instruction Publique. Sa carrière épouse alors celle du maire Martin Bastard qui administre la ville de 1884 à 1904,mais il dresse aussi les plans d'immeubles situés hors du chef-lieu. Si certains sont concrétisés comme la maison des Rosières à La-Mothe-Saint-Héray, d'autres sont abandonnés comme celui de l'Hôtel de ville à Saint-Maixent-L'Ecole. Dans sa ville ses principales réalisations sont l'escalier monumental reliant les jardins  de la Brèche à la place, l'immeuble de la Caisse d'Epargne, l'Ecole de dessin, les octrois, et surtout l'Hôtel de ville (1897-1901) et le lycée de jeunes filles (1896-1897). Pour des particuliers, il construit le Grand Café, le magasin de la Ménagère, un hôtel particulier dans la rue Yvers. Il termine sa carrière par la construction des Bains-Douches de la rue Basse en 1913. »

 

Monsieur Courant répond ensuite aux questions posées par quelques uns des participants.

 

Article : Monsieur Montoux

 

Mercredi 18 juin 2008

Musée Bernard d’Agesci

Visite de l’atelier de restauration du musée

 

Article paru dans Vivre à Niort n° 186 Juin 2008 page 6 :

 

« Les plus belles pièces de nos musées disposent de protecteurs très attentionnés que sont les restaurateurs d’œuvres d’art. Grâce à la Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, il nous sera permis de découvrir l’atelier de restauration où a lieu ce véritable travail d’orfèvre. « Au musée Bernard-d’Agesci, nous disposons d’une sorte de clinique pour œuvres d’art, l’une des quatre décentralisées en France. » expliquent les organisateurs. Après l ‘établissement du diagnostic, chaque œuvre confiée reçoit le traitement approprié, cela peut aller du simple nettoyage à la consolidation de déchirures. « Grâce à la radiographie, on fait parfois des trouvailles, telle une signature ou une date » poursuivent-ils. Le 18 juin ne résistez pas à l’appel de la Société historique.

Le 18 juin au Musée Bernard-d’Agesci. Entrée gratuite. Renseignement et inscription obligatoires au 05 49 09 58 76. »

 

 

Mercredi 17 septembre 2008

Chantal Calais-Jeanmonod

« L’Archithecte Pierre-Théophile Segrétain(1798-1864). »

 

À corps perdu, architecte

Pierre-Théophile Segretain dans les Deux-Sèvres (1798-1864)

 

De l’équipement public au monument historique,

les architectes et la fonction publique d’État au XIXe siècle

 

 

Formé à Paris chez Louis Bruyère après une année à Polytechnique, Segretain rejoint ses Deux-Sèvres natales, où il est nommé architecte du département à l’âge de 26 ans. Passionné par les nouveaux programmes d’équipements publics, il s’investit aussi avec enthousiasme dans les premières restaurations des monuments historiques avec la confiance totale de l’inspecteur général Mérimée, qui l’accorde par ailleurs avec parcimonie aux architectes qu’il rencontre en province et dont il dénonce souvent l’incompétence.

L’architecte mène parallèlement à ses missions de service public une carrière privée, pour les communes et les notables niortais avec lesquels il est en relation constante.

Nourri de la culture de service public que lui a transmise son maître, il défend l’idée de la création d’un corps hiérarchisé d’architectes de l’État à l’image de celui des ingénieurs des Ponts et Chaussées, qui ne verra jamais réellement le jour en dehors des domaines du patrimoine.

La comparaison sur l’ensemble du territoire français sur le statut des « architectes du gouvernement » en province permet d’identifier les variations et les points communs pendant le xixe siècle entre les services départementaux des bâtiments civils, confiés aux Conseils généraux sous le contrôle de plus en plus lointain du pouvoir central.

 

 

La recherche a été menée à partir de sources archivistiques multiples, celles du Patrimoine et celle du Conseil national des bâtiments civils à Paris, celles du département des Deux-Sèvres et de nombreux autres départements. Les sources les plus exceptionnelles sont les archives professionnelles privées de Pierre-Théophile Segretain, conservées à la Médiathèque de la Communauté d’Agglomération de Niort, et celles composées de documents privés gardées par la famille Segretain.

 

Les courriers privés décrivent l’homme, dans sa famille et son milieu social, à une période politiquement agitée. L’homme est généreux et énergique, dans une famille aimante, mais non complaisante. Il témoigne des pratiques traditionnelles de l’époque, l’écriture de courriers réguliers où l’on donnait des nouvelles à l’entourage, mais aussi où Segretain exprimait son opinion sur la société et la vie, d’abord à sa mère et à sa femme, puis surtout à son fils aîné Alexandre et à Mérimée, qui était devenu son ami. On le voit, étudiant à Paris, heureux de s’être beaucoup privé pour offrir à sa mère  son portrait en miniature peint par Mansion, élève d’Isabey, alors que ce type de portrait était très à la mode, mais coûteux pour une budget estudiantin… Ces lettres familiales témoignent aussi de l’intérêt porté aux enfants depuis la fin du xviiie siècle ; en effet, Pierre-Théophile est exceptionnellement attentif au bien-être et à l’éducation de ses deux fils depuis leur naissance.

Frappé du mal du siècle, la mélancolie, il s’entretient de cette sévère dépression avec son fils Alexandre, pourtant encore très jeune, et avec Mérimée, qui a subi aussi cet état de mal-être. Il sortira après six ou sept ans de ce spleen par le violent choc émotionnel asséné par la mort de son épouse, du fait de se retrouver contraint de mener seul à l’âge d’homme son second fils Léon.

 

L’architecte est au moins aussi intéressant que l’homme. Les archives qu’il a laissées permettent d’éclairer sur des problématiques nombreuses :

- la formation, les fonctions et les missions d'un architecte départemental dans la première partie du xixe siècle, période de mise en place du service ;

- l'insertion socio-professionnelle d'un architecte de province et son opinion sur la profession, à une période où se développent les polémiques architecte-entrepreneur et architecte-ingénieur ;

- les relations Paris-Province à travers celles établies avec le Conseil des bâtiments civils ;

- les modes de contrôle locaux de la qualité architecturale, notamment communale ;

- les principes de restauration des monuments historiques et les relations avec Mérimée, alors inspecteur général ;

- les stratégies de projet de l'architecte, et le passage de l'écriture antiquisante à l'éclectisme.

 

À la fois très représentatif de la période, mais particulièrement compétent et d’une curiosité intellectuelle hors du commun, Pierre-Théophile Segretain a marqué les paysages des Deux-Sèvres par les très nombreux projets qu’il y a mis en œuvre : il a d’abord érigé Niort en véritable chef-lieu de préfecture, en construisant l’hôtel de préfecture qui mêle les références de l’hôtel particulier xviie et de la villa palladienne, le palais de justice, dont la façade néo-grecque très canonique s’oppose à une mise en scène urbaine « ratée », et la prison, probablement son œuvre essentielle, première et presque unique prison «panoptique » sur plan semi-circulaire en France. À ces édifices niortais s’ajoute le tribunal de Melle, dont le style dû à l’harmonie voulue par l’architecte avec deux tours renaissantes rescapées de l’hôtel de Ménoc, constitue une exception dans la typologie des palais de justice de la période et a fait l’admiration de Mérimée.

Comme architecte des monuments historiques, Segretain a sauvé de la ruine de nombreuses églises des Deux-Sèvres, d’autres en Vienne et en Vendée. Ses principes de « remise aux formes normales » des édifices médiévaux, selon son expression, est très couramment pratiqué par les premiers restaurateurs qui sont en symbiose en cela avec les célèbres théories de Viollet-le-Duc, énoncées quelques années plus tard.
Enfin, Segretain construisit de nombreuses églises dans les communes des Deux-Sèvres, qui suivent toujours la « dernière mode », du néo-classique à Chef-Boutonne au début de sa carrière au néo-gothique pour de nombreuses églises paroissiales et la reconstruction de Saint-André à Niort, au néo-roman byzantin, ce qui le séduira particulièrement, pour l’église Saint-Hilaire  et celle du Carmel à Niort, toutes les deux conçues à la fin de sa vie.

 

L’ouvrage issu de cette recherche, à partir d’un regard à caractère monographique sur les Deux-Sèvres et l’architecte qui a régné presque exclusivement sur la production architecturale dans ce département pendant une quarantaine d’années, participe également à la connaissance de l’architecture et de la profession d’architecte au xixe siècle en France. L’abandon progressif d’une pratique de la maîtrise d’œuvre dans le cadre d’un fonctionnariat qui apparaît un temps envisageable, disparaîtra au profit d’une culture quasiment exclusivement libérale de la profession qui ne fait que se confirmer jusqu’à la période actuelle.

 

Article : Chantal Callais Jammonnod