Depuis la formation des continents, la surface de la Terre
n'a cessé d'évoluer.
Pendant des centaines de millions d'années le paysage
s'est formé au gré des mouvements de l'écorce
terrestre, et des variations climatiques.
Seulement, dans les dix derniers millénaires, un
élément va perturber le cours de cette évolution
naturelle.
Ce trouble-fête, c'est l'Homme moderne.

Pendant toute
l'histoire de l'Homme, le climat a connu de grandes variations,
avec des Altern1ances de périodes froides et de
périodes tempérées.
Pendant les périodes glaciaires,
l'Europe prend des allures de grand nord sibérien.
Le froid vif qui règne favorise la présence
du renne, du rhinocéros laineux ainsi que du mammouth.
Pendant les phases tempérées,
le réchauffement contribue au développement
d'une très dense végétation forestière.
La faune se compose notamment des grands bovidés,
du cerf, du cheval, etc.
Vers 10 000 av. J.-C., à la fin de
la dernière grande glaciation, les conifères
régressent au profit des arbres à feuilles
caduques qui vont couvrir toute l'Europe.
Les grands troupeaux de rennes vont regagner les régions
nordiques, et les mammouths peu à peu s'éteindre.
Devant cette évolution lente mais radicale de l'environnement,
l'Homme va devoir s'adapter.
A la même époque au Proche-Orient,
ce réchauffement climatique a permis le développement
des céréales sauvages.
Dans ces régions on assiste au tout début
de la sédentarisation de groupes humains.
Les premiers villages apparaissent et la cueillette de
céréales sauvages se fait de plus en plus
intensive.
Le long processus qui a conduit les derniers chasseurs-cueilleurs
de la préhistoire à devenir de véritables
agriculteurs en cultivant les céréales et
en élevant certains animaux reste mal connu.
Il y a plus de 10 000 ans les premières traces
d'agriculture ont été reconnues sur le site
de Jéricho en Israël.
A la même époque la chèvre est domestiquée.
Puis vinrent le mouton, le bœuf, le cochon et le
cheval au IVème millénaire av. J.-C. en
Ukraine.
Dès lors, l'Homme cesse d'être un prédateur,
pour devenir un producteur en maîtrisant directement
ses ressources alimentaires.
Ce passage marque le début du Néolithique.
Avec la pratique de l'agriculture
et de l'élevage l'Homme modifie l'évolution
naturelle des espèces animales et végétales.
En sélectionnant les plus beaux épis, et
en les cultivant, l'Homme finit par provoquer une mutation
de ces plantes.
Parallèlement, la domestication
provoque une diminution de la taille des animaux.
Au VIIème
millénaire av. J.-C., l'agriculture et
l'élevage commencent à se diffuser vers
l'Ouest, avec pour conséquence l'introduction d'espèces
animales et végétales nouvelles en Europe.
Dès lors se met en place une modification
irréversible du milieu naturel. Les techniques
primitives d'agriculture, comme l'essartage qui consiste
à dégager par le feu des parcelles boisées
pour être cultivées, sont en effet très
agressives pour le milieu forestier le conduisant à
sa perte.
On assiste donc au Néolithique
à l'instauration d'un processus qui marque la fin
du milieu naturel, et la création d'un paysage
agraire.
Les premiers champs se dessinent, les premières
communautés agricoles s'installent. Une des gravures
du Val Camonica dans les Alpes Italiennes représente,
semble-t-il, une carte figurant des paysages ruraux. Tel
l'ensemble de Bédolina qui montre probablement
des habitations, des champs cultivés, des enclos,
reliés entre eux par des chemins.
En Irlande ainsi qu'en Angleterre, on
a observé que de tels aménagements pouvaient
remonter au début du IVème millénaire
av. J.-C.
De grands murs rectilignes auraient servi d'axes pour
la constitution du parcellaire.
Dans la région du Val d'Aoste,
des traces anciennes de labours ont été
identifiées.
Datées de 3 400 av J.-C. elles montrent des
sillons réguliers tracées à l'aide
d'une araire à soc effilé et pointu.
A partir de cette époque l'Homme entame un long
processus de domestication de la nature.
Il intervient directement dans la sélection des
espèces et provoque leur mutation. Il inaugure
en somme les premières manipulations génétiques.
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