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Tumulus de Bougon
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Reconstitution expérimentale d'une
pirogue monoxyle néolithique


En partenariat avec le Musée des Tumulus de Bougon, deux archéologues de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP), ont tenté de reconstituer de manière expérimentale, sur une durée totale de 25 jours, une pirogue monoxyle néolithique en chêne, sur le modèle de celle découverte en 1979 en Charente, datée des environs de 3000 av. J.-C., et conservée au Musée de Cognac.

L’expérimentation a été conçue et réalisée par Bertrand POISSONNIER et Pascal ROUZO qui souhaitaient tester certaines techniques de fabrication, dont l’emploi sur du chêne constituait une première depuis le Néolithique. Deux sessions ont eu lieu : la première du 2 au 15 août 2003 et la seconde du 13 au 30 avril 2004.

Par de nombreux aspects, il s’agissait d’une première dans ce domaine :
  • en premier lieu, par l’essence choisie pour l'expérimentation, le chêne, alors que les bois tendres, comme le pin, ou le peuplier avaient été préférés lors des tentatives préalables de reconstitutions de pirogues préhistoriques.


  • Cliquer pour agrandir l'imageensuite, par les outils utilisés : alors que les expériences précédentes sur le chêne avaient généralement eu recours à des outils modernes et souvent métalliques, les archéologues travaillant à Bougon ont exclusivement utilisé des répliques d’outils préhistoriques, réalisées par les expérimentateurs eux-mêmes et composées essentiellement de pierre polie, de bois de cerf et/ou de bois.


  • enfin, par le choix des archéologues de ne pas recourir au feu pour le creusement de l’intérieur de l’esquif, mais seulement à leurs outils préhistoriques, contrairement à un lieu commun dans la discipline qui veut que le feu, seul, ait permis aux hommes du Néolithique de creuser leurs pirogues en chêne, en raison de la dureté de ce matériau.
Pour les archéologues, il s’agissait de tester certaines techniques de fabrication que l’étude des traces de travail laissées sur les embarcations du Néolithique avait permis de décrypter. Leur but était d’éprouver la faisabilité d’un façonnage sans le recours obligé au feu, tout en enregistrant les données suivantes : temps et énergie nécessaires à la réalisation d’un tel ouvrage, résistance d’outils préhistoriques et observation de leur usure ou rupture en les comparant avec celles des mobiliers archéologiques connus, etc.

L’intérêt de l’expérimentation a également résidé dans le fait que l’analyse de pièces en cours de fabrication ou d’ébauches est beaucoup plus riche d’enseignements sur l’ensemble de la chaîne opératoire que celle des pièces archéologiques qui, finalement, ne gardent en mémoire et ne nous permettent de lire que les dernières étapes du façonnage. Il s’agissait enfin de savoir où, dans la construction d’une pirogue, intervenaient la hache et l’herminette polies qui apparaissent - comme l’utilisation du chêne pour la confection des pirogues - au Néolithique. Cette contemporanéité des deux phénomènes a d’ailleurs incité nos protagonistes à émettre l’hypothèse d’une corrélation entre l’utilisation massive du chêne pour la navigation et cette invention majeure qu’est la hache en pierre polie.

Les différentes étapes :

  • Le tronc d’arbre

    Une grume a été choisie, qui devait permettre de réaliser une pirogue de 6 mètres de long pour 50 cm de large environ.


  • Séchage

    Le séchage du tronc nécessite un espace plat et ombragé. La période estivale n’était pas la plus propice à cette phase, le séchage trop violent, en raison de la chaleur, augmentant la fragilité du bois et les risques d’éclatement lors du façonnage
    Entre les plages de travail, une protection de l’ébauche était nécessaire, sous différentes formes : immersion en eau claire, recouvrement avec du sable, des copeaux, une bâche plastique…


  • Façonnage

    Cliquer pour agrandir l'imageCliquer pour agrandir l'imageL’ouvrage commence par l’entame : une amorce de fente est réalisée à quelques centimètres au dessus du milieu de la coupe (photos) et propagée avec des coins le plus loin possible sur la bille de bois afin de dégager une surface plane (photos).




    Cliquer pour agrandir l'image Cliquer pour agrandir l'imagePuis deux fronts opposés sont alors dégagés dans les extrémités de la grume : vers l’extérieur, ils dessinent la forme définitive de la prou et de la poupe ; vers l’intérieur, ils dessinent des fronts d’éclatement.







    Cliquer pour agrandir l'image Pour le façonnage extérieur, l’ébauche est retournée. Seules les parties extérieures de chaque extrémité de la pirogue sont traitées au feu (photo), qui a le double avantage de faire disparaître les échardes et de protéger contre les dégradations biologiques ultérieures (insectes, champignons).



    Cliquer pour agrandir l'image Puis la proue et la poupe sont biseautées et arrondies à l’herminette, conformément à la pirogue originale. Ce stade du travail est particulièrement pénible pour les outils qui doivent régulièrement attaquer le bois perpendiculairement au déroulement du fil. On procède alors au nettoyage de l’écorce et de l’aubier et le fond est légèrement aplani (photo).


    Cliquer pour agrandir l'image Pour le façonnage intérieur, la stratégie choisie par les expérimentateurs pour l’évidement visait à réduire l’effort. L’herminette est à nouveau utilisée pour la réalisation des fronts d’éclatement, puis des coins et des merlins, frappés au maillet, vont lever des éclisses parallèlement aux plats-bords (photo).


    Cliquer pour agrandir l'image Cette méthode est répétée autant de fois que nécessaire jusqu’au dégagement du fond de l’ébauche (photo).











Quels enseignements peut-on tirer, à ce stade, de l’expérimentation ?


Cliquer pour agrandir l'imageTout au long de son déroulement, les archéologues ont réalisé des photographies et des dessins des parties actives et des emmanchements afin de documenter, dès leur apparition, les stigmates d’utilisation. (photo).

Cliquer pour agrandir l'image Les archéologues ont alors pu constater qu’au contact du cœur du chêne, très dur, plusieurs outils se sont rompus (photo), ce qui a permis de dégager quelques informations intéressantes : telle cassure correspondait à des marques déjà observées sur du mobilier archéologique, tel bris s’est révélé pareil à une intervention volontaire, tel poli d’usage était dorénavant caractérisé, ou encore, tel autre outil se refusait obstinément à la cassure !

Par ailleurs, le travail fut aussi harassant pour les hommes que pour les outils : ampoules, tendinites, mal de dos ralentirent parfois l’avancée du travail.
Pour parvenir à l’état de fabrication actuel, 25 jours de travail ont été nécessaires, mais 10 jours supplémentaires auraient permis de finaliser l’ouvrage qui n’est donc pas complètement terminé.
« Comme il s’agissait d’une première, nous n’avions aucune idée du temps qu’il fallait pour réaliser un tel ouvrage », expliquent les archéologues.

Toutefois, le pari initial de l’expérimentation – qui était de démontrer qu’il était parfaitement possible au Néolithique de creuser le cœur d’un chêne, et cela sans utiliser le feu – a été tenu !

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